La montée en puissance du cinéma africain au Festival de Cannes


Le Festival de Cannes 2023 a été marqué par une présence exceptionnelle du cinéma africain, avec deux films en compétition et une dizaine d’autres longs-métrages sélectionnés dans différentes sections. La participation de Maryam Touzani, réalisatrice marocaine, et Rungano Nyoni, réalisatrice zambienne, en tant que membres du jury des longs métrages, témoigne de la place croissante qu’occupe le cinéma africain au sein du festival. Cette réalité est le résultat de l’émergence de nouveaux acteurs ambitieux et visionnaires dans tous les domaines de l’industrie cinématographique.

En 1975, Jeanne Moreau, présidente du jury des longs métrages, a remis la Palme d’Or à Mohammed Lakhdar-Hamina pour « Chronique des années de braise ». Ce drame historique sur les prémices de la guerre d’Algérie a été le premier film africain à remporter cette prestigieuse récompense. Quarante-huit ans plus tard, la 76e édition du festival présente l’Afrique sous de multiples facettes, du conte romantique sénégalais « Banel & Adama » au docu-fiction tunisien « Les Filles d’Olfa », en passant par « Goodbye Julia », une métaphore de la réconciliation entre les peuples soudanais. Au sein du jury, la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni a exprimé dans une interview qu’elle avait « l’impression de représenter le continent africain dans sa globalité », tant les attentes sont élevées pour ces cinéastes.

Pendant longtemps, le travail des industries cinématographiques des 54 pays africains a été méconnu en dehors du continent. Dans certains pays comme le Mali ou le Soudan, les tensions politiques entravent le monde de la culture et freinent la création artistique. Selon Karine Barclais, fondatrice du pavillon des pays africains au Village International, l’épanouissement du septième art en Afrique est également entravé par un manque de formation technique parmi les professionnels : « Jusqu’en 2019, les producteurs ont souligné des lacunes en matière de son et de lumière. Nous avons cherché à remédier à cela en mettant en place des formations spécialisées qui ont porté leurs fruits ». À peine quatre ans plus tard, le long-métrage « Banel & Adama » de la cinéaste sénégalaise Ramata-Toulaye Sy brille en compétition grâce à ses paysages enchanteurs et à la maîtrise de la lumière par Amine Berrada, directeur de la photographie marocain. Ce dernier a également travaillé sur le court-métrage « Ayyur (Lune) » de Zineb Wakrim, qui vient de remporter le troisième prix de La Cinef.

L’accès aux financements est également un défi auquel Karine Barclais s’attaque. Le manque de confiance des investisseurs dans le cinéma africain est en cause : « Les cinéastes qui souhaitent réaliser des films ambitieux se heurtent rapidement à des problèmes budgétaires. De nombreux producteurs associent encore l’Afrique aux films à petit budget. Pourquoi les Africains n’auraient-ils pas le droit de réaliser des films avec des budgets de 6, 12 voire 50 millions de dollars ? »

Cependant, cette situation est en train de changer grâce à des sociétés de production audacieuses qui voient en l’Afrique un vivier de nouveaux talents. Sur la quinzaine de films africains projetés cette année à Cannes, la plupart ont été partiellement financés par des investissements français, allemands ou américains. C’est un signe encourageant qui pousse de plus en plus de délégations étrangères en quête de projets à franchir les portes du pavillon Afrique.

Bien que minoritaire, le cinéma africain à Cannes a connu des succès isolés par le passé, comme « Timbuktu » (2014) du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako. Aujourd’hui, la tendance semble s’inverser, comme l’avait prédit le cinéaste malien Souleymane Cissé, lauréat du Prix du Jury en 1987 pour « Yeelen » : « La première tâche des cinéastes africains est d’affirmer que les gens d’ici sont des êtres humains. La génération qui nous suivra explorera d’autres aspects du cinéma. » « Goodbye Julia » de Mohamed Kordofani, le premier film soudanais de l’histoire du festival, a remporté le Prix de la Liberté dans la sélection Un Certain Regard, confirmant ainsi un changement pro.

C.Quenum/afronews.tv

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