Oui – déstabilisant d’inhumanité

Synopsis

Israël au lendemain du 7 octobre. Y., musicien de jazz précaire, et sa femme Jasmine, danseuse, donnent leur art, leur âme et leur corps aux plus offrants, apportent plaisir et consolation à leur pays qui saigne. Bientôt, Y. se voit confier une mission de la plus haute importance : mettre en musique un nouvel hymne national.

La première partie : la décadence et l’ignorance

On assiste à la décadence d’un couple prêt à tout pour quelques billets. Aucune morale chez Y et sa femme qui passent leur temps à se prostituer pour les puissants de la ville, seule limite laisser gagner l’état major. La vie de ce couple se poursuit de fête en fête. Complètement inconscients, insouciants ils mènent leur bonhomme de chemin sans se préoccuper d’autre chose que de faire plaisir aux riches. Y est un clown raté, un musicien que personne ne reconnaît et sa femme une danseuse livrée à la drogue et au sexe. Ces séquences et celles qui vont suivre rappellent les films des nazis livrés aux orgies. Le réalisateur joue avec les codes et nous titille. L’époque certes n’est pas la même, les protagonistes enfermés dans leur monde de riche et de décadence nous renvoie à leur bourreau. Dés cette première partie, il est question de l’après 7 octobre et de Tsahal. Avec une sorte de délectation Y dit qu’il fait confiance à Tsahal alors qu’il reçoit des notifications sur son téléphone lui donnant le nombre de morts à Gaza et la vengeance qui s’enclenche. Le film oscille ici vraiment entre propagande et dénonciation. Les personnages sont englués dans leur monde décadent, immoral et de propagande. Rien ne montre dans cette première partie que le réalisateur critique, ou remet en cause la société Israélienne tant la présence de la vengeance l’emporte

La deuxième partie : la prise de conscience et le choix

C’est dans cette deuxième partie que le couple va changer. Yasmine commence à douter de sa vie alors que l’on découvre son statut de mère. Elle commence à remettre en question son couple quand Y disparaît pendant quelques temps la laissant seule avec son bébé. Y veut devenir riche. Il ne souhaite plus être l’artiste fauché et veut pour son bébé un autre statut. Seulement il y a un prix à payer, celui d’écrire un nouvel hymne national dans un Israël vengeur et criminel. Y pourtant accepte ce que lui demande le pouvoir. Il va, alors du haut d’une colline, observer Gaza sous les bombes. Dans la voiture qui le conduit à cette colline, son amie d’enfance lui raconte les témoignages des survivants du 7 octobre. C’est dans une longue séquence que cette femme polyglotte raconte les détails. C’est à ce moment là que Y se décide à conclure la commande. Le sang est partout, l’image subjective, mais elle nous met dans une prison émotionnelle des personnages. L’impossible présence des Gazaouis, l’impossible compassion se transforme en un hymne vengeur, de propagande et d’aveuglement. Y revient vers le pouvoir, livre sa chanson et sa femme décide de le quitter. L’artiste, à ce moment là, n’est plus qu’un jouet, une marionnette entre les mains du pouvoir, il dit oui à tout ce qu’on lui demande. Il devient un lèche botte, symboliquement montré dans le film.

La mauvaise sensation tout le long du film

Le réalisateur qui multiplie les plateaux télé pour dénoncer Israël a choisi de représenter les israéliens puissants qui soumettent les moins riches à leur folie immorale. Mais les précaires eux s’adonnent à ces actes immoraux sans se remettre en question. Il est bien question d’exil dans la seconde partie du film, où Yasmine souhaite quitter Israël car elle ne veut pas que son bébé y grandisse. Y lui ne veut pas partir. Il a choisi de jouer le jeu jusqu’au bout. Le fil que nous tend Nadav Lapid dans son “Oui” est mince. Les puissants nous renvoient aux nazis, et l’écoeurement est immense. Il est très difficile de comprendre les intentions du réalisateur, même si Y se remet en cause au moment de sa visite de la colline, il justifie les morts par les morts du 7 octobre.

Le film est à voir avec beaucoup de recul, car on est être pris au piège de la propagande censée être remise en cause ici.

R.B.E

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