LES FRAISES se ramassent aussi à Cannes

de Laïla Marrakchi écrit avec Delphine Agut, avec Nisrin Erradi, Hind Braik, Fatima Attif, Hajar Graigaa, Larbi Mohammed, et Itsaso Arana

SYNOPSIS

Deux Marocaines partent en Espagne pour la cueillette saisonnière de fraises, mais subissent abus et harcèlement. Aidées par une avocate espagnole, elles doivent décider de dénoncer le système.

Les ouvrières marocaines

Le travail des femmes est de plus en plus porté à l’écran et selon le type de cinéaste c’est plus ou moins réussi. Il existe depuis plusieurs années une volonté de raconter la société marocaine de son point de vue social. Il ne s’agit plus de mettre sous le tapis une réalité qui a une place prépondérante dans la vie des marocaines. La femme travaille à l’usine, dans les souks, dans les entreprises, chez les familles aisées, mais elle travaille, gagne sa vie et c’est même elle qui nourrit les siens. Elle s’exile aussi, laissant derrière elle enfants et mari, ou parents, pour subvenir aux besoins de tous. La femme marocaine a su d’année en année prendre le chemin de la modernité et si la Moudawana (le nouveau code de la famille) lui a donné plus de droits, ce n’est certainement pas pour rester en rade. Alors oui le cinéma s’est mis à la raconter, à la montrer du doigt plus que les hommes, souvent mal comprise parce que ce sont des réalisateurs hommes qui la dissèque et qui la montre parfois prostituée, parfois mère indigne, parfois Cheikha (chanteuse). Les réalisatrices qui regardent cette parente d’un autre statut social ne la comprennent pas plus, elle fait partie de cette masse silencieuse et pourtant qui fait la société. Il faut se pencher plus du côté de certaines documentaristes aux intentions plus nobles, pour sans doute s’approcher de cette mère, de cette fille, de cette mère-fille des médinas et des quartiers populaires.

Les fraises se ramassent dignement aussi !

Nous savons que les marocains et surtout les marocaines partent en Espagne pour travailler loin de leur pays pour ramasser de l’argent. Le film de Laïla Marrakchi fait partie de ce cinéma fiction qui croit dur comme fer qu’il suffit d’être bien documentée pour faire un film proche des siens. Quels sont les repères que nous avons pour comprendre que ces femmes ne sont pas bien mises à l’image ? Le statut des femmes dans ce film n’est pas ouvrière mais prisonnières derrière des barreaux d’un campement où tout est fait contre elles dés le début du film.

Un film bourré de clichés

La réalisatrice assume le fait qu’elle ne connaît pas bien ce statut social, elle ne connaît pas bien ces femmes qu’elles montrent vêtues de pyjamas dans des champs de fraises. Elles sont toutes opulentes, portant le foulard, et ignorantes. La seule qui a des vêtements différents est l’héroïne du film qui porte un jogging, a une allure d’un garçon parce qu’elle est boxeuse. Un cliché qui a la peau dure, tant les femmes qui font de la boxe peuvent être aussi féminines que les autres. L’histoire de viol, de prostitution, de vol aussi… tout y passe alors pour finir le film et nous envoyer un message de lutte des classes, la réalisatrice utilise une chanson de Aresky et Brigitte Fontaine sur le générique Moi aussi « y’a bien du pain blanc mais c’est pour le patron ». Nous quittons la projection des Fraises avec cette magnifique chanson et c’est bien la seule chose qui a retenu l’attention.

R.B.E

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