Synopsis
Algérie française, 1953. À l’hôpital de Blida-Joinville, Frantz Fanon, jeune psychiatre noir, tente de soigner les Algériens de leurs aliénations lorsque la guerre surgit à l’intérieur même de ses services.
L’esthétique noir et blanc
Le film est tourné en noir et blanc tentant une esthétique d’époque nous emmenant à vivre avec Frantz Fanon et ses malades d’une manière très documentaire. Ce film démarre ainsi, dans les locaux de l’hôpital psychiatrique qui va accueillir celui qui va transformer le regard sur les malades victimes d’aliénation coloniale à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôpital. Le réalisateur algérien connaît bien son sujet car il en est pas à son coup d’essai, Zahzah ne semble pas avoir terminé de dire tout ce qu’il a engrangé sur cet homme qui a compris que la médecine psychiatrique et le regard que l’on porte sur les colonisés sont liés. Cette domination est visible dés l’arrivée du psychiatre à l’hôpital de Blida, et il va lui tordre le coup !
L’originalité de ce film
Si l’esthétique en noir et blanc et le traitement quasi documentaire donnent un aspect authentique au film, il s’agit également de l’importance du casting. Les acteurs sont quasi tous algériens, ainsi que l’équipe technique du film. Jusqu’au personnage de la femme de Fanon. Le choix de la distribution est primordiale pour pousser jusqu’au bout la pensée de Fanon. Le travail du psychiatre est montré sans trop d’exagération, l’acteur Alexandre Desane joue avec justesse et sans ajout d’émotion. Il représente Frantz Fanon dans son hôpital essentiellement, très peu dans sa vie privée et à peine dans sa lutte pour la libération de l’Algérie à l’extérieur de l’hôpital. Car pour le réalisateur la libération de l’aliéné commence par la prise en compte de sa maladie, de son indépendance à raconter sa propre histoire. Le médecin pousse son équipe à récolter les histoires de chacun des patients et à même vider l’hôpital. Nous comprenons que la maladie mentale est plus ou moins installée selon les patients et il les pousse au contact avec l’extérieur. C’est la transformation de l’hôpital dans toute son entité poussant également sa direction à envisager de créer une autre méthode : et c’est ainsi que l’hôpital de jour est né.
Loin des clichés
Le réalisateur Abdenour Zahzah a mis en place, grâce à son esthétique, le financement de son film majoritairement algérien, son équipe technique et son casting, une armada anti-cliché. Nous sommes loin des jeux d’acteurs exagérés, des accents à peu-prés, des costumes trop neufs, des décors trop clinquants. Nous entrons dans l’antre de l’hôpital, avec des personnages qui jouent les malades mentaux comme s’ils l’étaient vraiment, comprenant ce qu’est la maladie mentale locale et saisissant au vol l’opportunité de la dire. Si Frantz Fanon n’est plus là, son apport est considérable et dépasse l’Algérie. Car comment dire le syndrome du mal méditerranéen sans ses travaux et ses observations ? Il ne s’agit pas ici de romance avec sa femme, ou de la façon dont il a écrit son oeuvre Peau noire, masque blanc, il s’agit de ce qu’il a mis en place sur une très courte période et qui sert encore aujourd’hui.
Un film fiction qui ne trahit ni son personnage, dont on fête le cinquantenaire, ni son apport à la psychiatrie !
R.B.E

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