de Orian Barki, Meriem Bennani – film d’animation 3D – 1h 23min
Synopsis
Bouchra, 35 ans, cinéaste marocaine installée à New York, est paralysée par la peur de la page blanche. Un appel de sa mère depuis Casablanca ravive souvenirs et émotions enfouis. Au fil de leur échange, doux et fragile, une brèche s’ouvre, les images reviennent, les désirs aussi.
Un film en forme d’autofiction qui aborde, avec humour et tendresse, les relations mère/fille, le rapport à la création et où l’on verra comment une ourse séduit une coyote.
Entre réel et animation
Ce film d’animation donne à voir d’une façon très subtile une histoire avec le regard féminin sur les relations entre femmes. Pourtant le style choisi est presque allégorique puisque les personnages ont tous des têtes d’animaux : des biches, des boucs, des girafes, des lézardes, des tortues et bien d’autres. Au lieu de nous éloigner d’eux et de rester dans cette allégorie de façon très créative, au contraire les personnages nous ressemblent. Les yeux de biches, les oreilles allongées où des boucles d’oreilles rappellent l’aspect esthétique humanoïde, les peaux de bêtes qui pourtant s’apparentent à la notre et le décors qui est vrai au moindre détail même s’il est dessiné avec précision. Le réel est partout avec attention.
Le truc en plus
La beauté de ce film d’animation réside également dans la bande son ! La musique est divinement bien choisie et tombe au bon moment, les chansons racontent quelque chose et ajoute une dimension à la 3D du film. Les personnages parlent en américain, en français et en arabe marocain. Bouchra vit à New York et parle américain avec ses petites copines. Car oui elle est lesbienne ! Elle raconte son histoire à travers un film qu’elle est en train de construire et retourne à Casablanca dans le giron familial où elle revit son coming out fait il y a plusieurs années. Les langues se délient, se lient et pourtant Bouchra ne sait comment faire avec le silence toujours pesant. Ce truc en plus est, en plus d’être sonore, langagier, familier, féminin et osé. Est-ce pour cela que la réalisatrice choisit l’animation et les têtes de bêtes pour casser ce tabou ?
Un film dans un film, un corps dans un autre, des partis pris à la hauteur des codes sociaux et de la ville de Casablanca, des quartiers chics à la ville populaire, des transgressions annoncées et qui finissent par être acceptées par l’entourage car tout est amour dans ce très joli film.
R.B.E

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