BLACK LIONS – ROMA WOLVES d’HAILÉ GUÉRIMA

Les films africains à l’affiche cette année à la Berlinale n’ont pas vraiment créé la surprise, ou peut-être bien que oui tant ils n’ont rien d’Africain…

Mais le public le plus chanceux est celui qui a eu le privilège d’assister à la projection du film performance d’Hailé Guérima. Une projection de 10 heures d’un film que le cinéaste définie comme chapitrage et non une série. Le film en effet est constitué de 5 parties et chacune dure 2H.

Un chapitrage pour un film historique

Les 10H de film ont été projeté dans une des salles du marché du film de la Berlinale. Il fallait être bien préparé pour suivre ce film constitué d’un ensemble d’archives italiennes et de quelques entretiens. Nous découvrons les secrets d’une colonisation avortée mais qui a massacré un peuple. L’Ethiopie se révèle dans ses heures les plus sombres, et en face l’Italie et son fascisme se déploient et nous raconte les crimes les plus abjectes ! Il faut bien qu’Hailé Guérima, cinéaste engagé et talentueux, règle ses comptes en montrant jusqu’où l’homme peut aller dans sa soif impérialiste et coloniale.

Un film d’auteur

A quoi reconnait-on qu’il s’agit d’un film d’auteur et non d’une somme d’archives montées les unes après les autres ? Et bien le talent du cinéaste est de s’effacer derrière l’histoire de son pays pendant 10 heures et de la raconter d’une façon aussi précise que possible preuve à l’appui. L’histoire de l’Ethiopie est très peu connue, on dit d’elle qu’elle est un des rares pays africain à ne pas avoir été colonisé, on cite souvent Hailé Selassié, magnifié par les rastafaris jamaicains, et qui a entrainé son pays dans une résistance noble contre Mussolini. Ce film est un joyau tant il se raconte de l’intérieur utilisant les archives de l’ennemi et les détournant de leur statut de propagande. Hailé est un chercheur à la fois tenace et à la foi proche du roi des rois, le Negus qui s’est battu pour que l’Etiopie ne tombe pas entre les mains ni des Italiens, ni des Britanniques.

Une nécessité pour toute l’Afrique

Il est de bon ton aujourd’hui de parler de décolonialité quand les pays européens peinent à reconnaître le colonialisme comme étant un crime contre l’humanité. Le cinéaste ne détourne pas les yeux et nous montre les atrocités de ces agissements primitifs : pendre tout homme à un arbre, au vu et au su de tous pour tuer dans l’oeuf toute résistance. Tuer en masse, au napalm plutôt que s’avouer vaincu ! Voilà que l’Afrique raconte sa douleur en utilisant les images de ses tortionnaires pour dire vrai ! Car de l’Algérie à l’Ethiopie, en passant par le Cameroun ou la Namibie.. c’est la même histoire coloniale, la même lutte anticoloniale, la présence des femmes en nombre qui prennent les armes, très jeunes et qui s’associent aux hommes dans le maquis. La lutte est mise en image, magnifiée, et elle est à sa vraie place, une grande place, pour prouver là aussi que les femmes ont été là, sans la moindre peur, ni doute. L’histoire des femmes de la révolution que ce soit en Algérie ou en Ethiopie mérite bien d’être prise au sérieux une bonne fois pour toute, car là encore elle a été sous-estimée une fois le pays libre ! L’Afrique aujourd’hui vit toujours sous le joug colonial parce que les restes de l’histoire ne sont pas celles qui méritent d’être racontées.

Le but des réalisateurs est de s’emparer de la grand histoire et de la dire à la jeune génération pour que jamais elle ne s’oublie, pour que plus jamais le fascisme ne l’emporte !

R.B.E

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