Deux films sortis dernièrement sont des adaptations de romans, c’est le cas du film très remarqué La Petite dernière et de l’Etranger. La Petite dernière sorti en 2020 est écrit par Fatima Daas, jeune auteure dont le livre a été adapté par Hafzia Herzi. L’étranger sorti en 1942, livre très connu d’Albert Camus est lui adapté par François Ozon.
Libre adaptation
Autant Hafzia Herzi que François Ozon se permettent de laisser libre court à leur créativité en s’éloignant le plus possible du roman. L’interprétation des acteurs est à elle seule une liberté cinématographique qui empêche le spectateur de laisser libre cours à son imaginaire. Quant le roman nous ouvre le champs des possibles pour imaginer les protagonistes, un film lui nous propose une incarnation par des acteurs. Le spectateur suit les tribulations des personnages, des situations dans des lieux choisis. Là où le roman nous laisse penser et repenser l’histoire, le film lui nous entraîne visuellement dans l’imaginaire du – de la cinéaste.
La petite dernière un jeu de détachement
La jeune actrice qui interprète Fatima dans le film La petite dernière, a été félicitée pour son jeu (disons plutôt de son non-jeu) au festival de Cannes et a reçu le prix de la meilleure actrice. Son rôle est celui d’une jeune femme qui se découvre lesbienne alors qu’elle est musulmane. Le sujet est donc bien préservé. Il s’agit bien de ce que raconte Fatima Daas dans son oeuvre livresque. Hafsia Herzi a ensuite choisi quelques situations racontées dans le livre et les a fait sienne cinématographiquement. Le personnage féminin découvre sa sexualité homosexuelle et partage peu son intériorité dans le film, alors que dans le livre le personnage nous parle directement, ce qui nous rend témoin et nous engage en premier lieu. Le livre est une confidence. L’écriture est stylisé et construite d’une façon très poétique. Ce trait poétique n’est pas présent dans le film. Nous nous retrouvons dans la vie de Fatima et de ses interrogations comme spectateurs figés. L’actrice Nadia Melliti a une présence dans le film, elle évolue sans vraiment incarner. L’actrice a un jeu de présence, sa présence en silence souvent, donne au personnage un détachement qui n’existe pas dans le livre. Au contraire le personnage de Fatima Daas est une adolescente comme les autres même si particulière parce qu’elle refuse son statut de fille sage. Hafsia Herzi filme les corps des partenaires de son personnage sans jamais montrer celui de son personnage. Ce choix est également une manière de nous exclure de l’intimité de la jeune femme alors que dans le roman nous sommes des confidents et l’auteure nous donne accès à tous les lieux intimes du personnage.
L’Etranger une réactualisation
François Ozon, 83 ans après la parution du roman d’Albert Camus, donne corps à cette histoire avec un soin esthétique personnel. Le film est en noir et blanc pour tenter de se rapprocher de cette époque coloniale alors que tout est fiché dans le roman. Dans l’histoire de Camus, les personnages principaux, dont Meursault, nous entraînent dans une Algérie où l’arabe n’existe pas, il n’a même pas de prénom encore moins de nom. Les colons eux sont nommés, ils existent et dirigent les situations. L’arabe est seulement l’arabe. François Ozon en adaptant cette oeuvre est conscient des reproches faits à Camus notamment le manque de personnification de tout autre personnage que le colon. Alors Ozon humanise l’oeuvre de Camus et prend la liberté de nommer l’Arabe à travers la figure féminine algérienne ! Elle a un visage, un statut, elle interagit avec la femme colon, elle interagit avec celui qui l’agresse, avec le policier, au tribunal. C’est à travers ce personnage féminin enfin nommé, Djemila, que l’on finit par découvrir un nom enfin, celui de son frère tué. Ce symbole de frère comprend tout arabe qui dans l’oeuvre de Camus n’existe pas. François Ozon en s’attaquant à cette adaptation s’attaque aussi à ce symbole en le défiant et en le cassant. L’anonymat de l’arabe devient l’identification de tout un peuple que l’on finit par nommer !
R.B.E

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