BELLES DE NUIT – une promesse

Belles de nuit un premier long métrage fiction de Khedija Lemkecher

Synopsis

La quête d’une vie meilleure de Yahia, qui hésite comme tant de jeunes Tunisiens entre l’exil et un avenir incertain au pays, en l’occurrence pour lui dans la boxe.

Film hommage aux morts dans la méditerranée

Khédija Lemkecher signe avec Belles de nuit son premier long métrage fiction en s’attaquant à un sujet fort : les harragas qui tentent de traverser la Mer Méditerranée depuis la Tunisie. De nombreux cinéastes ont abordé le sujet des harragas tant le phénomène touche toute la Méditerranée. De l’Algérie en passant par le Maroc les cinéastes nous racontent souvent les histoires de ces personnes qui décident de quitter leur pays pour différentes raisons. En France le sujet est devenu presque classique tant nous comptons de films sur les migrants. Depuis le film de Costa Gavras Eden à l’Ouest les films tentent de nous sensibiliser à cette problématique de l’exil à l’ouest. Un autre sujet est très peu montré à l’écran celui de morts en tentant de traverser la Méditerranée. C’est chose faite avec le film de Khedija Lemkecher.

Un premier film aux références multiples

La réalisatrice s’applique à avancer sa narration avec plus de timidité que pour ses courts métrages Bolbol (2018) et Nuit de la lune aveugle (2014). Khedija connaît bien toutes les techniques cinématographiques alliant les regards subjectifs, les longs travellings et la caméra épaule rompant avec une technique classique et secouant avec force les manières de filmer dans le Maghreb plus lentes et caméra fixe. Les influences sont nombreuses et l’image est très belle, pourtant la narration avance avec peine. La pauvreté des décors et le jeu d’acteur n’aident pas à y croire. Si le procédés filmique et l’esthétique de l’image sont maitrisés le jeu d’acteur a du mal à nous emporter loin dans les émotions. Younes Megri, acteur et surtout musicien marocain, donne la réplique à la talentueuse actrice tunisienne Fatma Ben Saïdane. Mais la pauvreté sonore de certaines scènes donne un côté minimaliste à l’ensemble du film et dessert l’histoire.

Un avenir incertain

Yahia le jeune qui vit dans la misère et rêve d’un ailleurs a pourtant la possibilité de s’en sortir en devenant boxeur. Ce choix de faire du personnage principal un talentueux boxeur, qui gagne en plus tous les combats alors qu’il commence à peine dans la boxe, renforce la pauvreté du scénario. Si les jeunes décident de quitter leur pays pour l’Europe c’est surtout parce qu’ils n’ont aucune autre option possible. Le fait de permettre à Yahia de s’en sortir est un choix scénaristique en décalage avec l’image qui montre la misère de la vie des protagonistes qui n’ont aucun avenir.

Le regard féminin

La réalisatrice a confié l’image à une chef opératrice qui s’en sort plutôt merveilleusement bien malgré les ratages de certaines scènes. Le film a du mal à nous embarquer dans le fond de l’histoire mais quand on y arrive enfin l’image est forte. Le côté fantastique donné à ce film nous sort de l’importance du fin mot de l’histoire, les morts sont des sacrifiés. Pourtant, la présence d’une sirène dans les rêves de Yahia, est un fil conducteur qui renforce le point de vue de la réalisatrice lié à la magie de l’intuition ou de la prophétie si importante au Maghreb. Le choix du personnage de Rocky comme surnom pour le personnage incarné par Fatma Ben Saïdane est une jolie trouvaille. Le clin d’oeil au film à travers une femme est aussi une transgression intéressante.

Une fin impossible

Younes Megri reste seule à l’écran, maître du destin du film et de sa fin possible. La Mer envahie l’écran et si la réalisatrice ne peut clôturer son film, Younes Megri lui reste à bord le dirigeant vers une fin impossible.

R.B.E

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